Partout dans le monde occidental, la pratique de vivre nu ensemble semble
gagner du terrain parmi un public plus récent, plus jeune. Josh Sims
Seuls les plus courageux tentent « l’homme qui
court ». Parmi tous les pas de danse montrés lors de la
soirée club « Beautiful Skin » de Julien Claude-Penegry
à Paris, ceux qui provoquent un tremblement maximal
sont probablement évités. Ceci, parce que tout le monde est nu – sauf les chaussures.
« Nous voulions simplement prouver qu’un évènement
pareil était possible dans une ville et non seulement
dans un centre de vacances naturiste, pour montrer
que cela peut sembler normal, et même ouvrir la voie
à d’autres évènements nus, » dit le militant naturiste
Claude-Penegry, qui, après l’ouverture du premier parc
naturiste à Paris en 2017, relance sa nuit club comme
un évènement bimensuel à partir de septembre. « Les
gens viennent, et ils viennent par centaines, qui typiquement disent qu’ils ont une expérience complètement différente de tout ce qu’ils ont fait auparavant. Ils
sont libres d’être entièrement eux-mêmes. »
Ceci n’est pas une idée perdue pour beaucoup d’autres
aussi. Le naturisme – la pratique d’être sans vêtements,
typiquement avec d’autres personnes non-vêtues – est
à la hausse. Ces dernières années on a vu fleurir des
soirées comiques nues, des dîners nus et, dans 70
villes dans 20 pays, des excursions à vélo nues, autant
une action militante en faveur du naturisme ainsi que
le chemin vers des courbatures. Cet été verra le lancement de NKD, le premier festival de musique nu au
R.U., une autre indication comment les jeunes gens
s’intéressent à et regardent le naturisme comme le
compagnon naturel de l’environnementalisme.
Le mois de mai, pour ceux qui l’ont raté, marquait le
Jour Mondial du Jardinage au Nu.
Certains prétendent qu’il y a eu un rebond COVID :
l’affiliation à l’organisme organisateur British Naturism
aurait une augmentation de quelques 20 % au cours
de la période de pandémie, malgré les limitations des
évènements et des voyages. Pourquoi ? Parce que,
peut-être, rien ne résume mieux un sentiment de
liberté personnelle que de se mettre au nu.
« Les mentalités changent », suggère Laurent Luft,
Assesseur Pays Européens de la Fédération Naturiste
Internationale, qui accueillera 38 organisations nationales à leur Congrès Mondial cet octobre en Slovénie
froide (« pas tout le monde sera alors nu », il remarque).
Il y a cinq ans, quiconque me posait des questions au
sujet du naturisme supposait que tout était quelque
chose de coquin », dit Luft. « De nos jours les naturistes sont vus comme toute autre section de la société.
On fait plus pour nous rendre visibles que pour nous
cacher. »
Autrefois la nudité a été vue comme étant normale.
Durant quelque temps et lieux, se déshabiller n’était
pas exceptionnel : dans la Grèce antique, les hommes
effectuaient des exercices en nudité ; à la fin du 19ième
siècle l’Allemagne, la patrie du mouvement naturiste,
l’exposition totale au soleil et à l’air fut recadrée comme une chose tout à fait saine à faire – c’est pourquoi
beaucoup de nous passeront les semaines prochaines
étant assis quasi nus (ou entièrement nus) sur les
plages, après tout.
Mais en général, la société moderne s’est opposée à la
notion de nudité publique. Rappelez-vous comment les
premiers naturistes, Adam et Ève cachaient leur honte
après la chute. Elle a été qualifiée à tort non seulement
de non conventionnelle, mais comme essentiellement,
sexuellement douteuses : comme malpropre ; comme
une cause de déviance ; comme illicite, comme offensante, comme une nuisance – bien que jugée digne
d’amendes et, dans certains cas, d’emprisonnement.
L’autoproclamé « prisonnier d’opinion » Stephen
Gough a maintenant passé, tout compte fait, une
décennie dans les prisons écossais, pour avoir choisi
de ne pas porter de vêtements. Même pas s lors de ses

comparutions devant le tribunal.

La sensibilité à la nudité en public est déconcertante.
En général, c’est illégal aux États-Unis. Les compagnies
des médias sociaux censurent les images des peuples
autochtones s’ils ne portent pas assez. Hollywood
se noue. Cette résistance à la nudité publique s’est
transmise de génération à génération : les enfants
sont encouragés de se couvrir dès qu’ils approchent
la puberté. Pas étonnant, alors qu’être nu en public est
un vrai cauchemar pour beaucoup de personnes. Ou,
pourquoi l’enlèvement des vêtements droit devant les
personnes habillées a souvent été choisi comme une
forme efficace de protestation.
Personne d’eux ne résiste à l’examen, estime Bouke
de Vries, philosophe politique à l’Université d’Umea en
Suède, et auteur de « Le Droit d’être nu publiquement »
: une Défense du Naturisme.
« Je pense que l’argument le plus plausible contre,
est la suggestion que ce n’est pas hygiénique – mais
le naturisme rarement pose en vrai danger de santé.
Je veux dire, asseyez-vous sur une serviette, » dit
de Vries, qui prétend que le droit d’aller nu doit être
protégé dans le cadre de la liberté d’expression d’un individu, une idée que la Cour Européenne des droits de
l’homme a réaffirmée en 2014. « Nous sommes principalement élevés avec l’idée que les personnes qui sont
publiquement nues (en dehors d’une zone naturiste)
sont perverties d’une manière ou d’une autre, ou veulent uniquement choquer, et cela façonne toujours la
perception. La vérité est qu’en fait la société a du mal à
trouver de bons arguments contre le naturisme.
Alors, pourquoi hésitons-nous à nous déshabiller ?
Luft ne pense pas que ce soit uniquement la pruderie. Plutôt, il le met sur le compte de la conscience de
soi. Tout comme l’affaire contre le naturisme semble
s’effondrer, la publicité et, dernièrement, les médias
sociaux nous ont rendus tous énormément concernés
à quel point nos corps correspondent à une norme
idéale. Les filles souffrent d’anorexie, les garçons du
Complexe Adonis, les hommes et les femmes vivent
avec une relation compliquée avec l’alimentation, avec
l’entraînement et leurs parties du corps moins que
parfaitement ‘photoshopées’.
En effet, Luft soutient que, si seulement il était adopté,
le naturisme pourrait être l’antidote à cette obsession
médiatique pour notre apparence ; une étude en 2017
du psychologue Keon West de l’Université de Londres
découvrait que le fait d’être nu entraînait une augmentation de la satisfaction de vivre, de l’image corporelle
et de l’estime de soi. En fait, tout un chacun qui se
déshabille a un effet de nivellement, dit-il. Certes, que
les gens autour de vous soient nues prend un certain
temps pour s’y habituer – inhérent à notre humanité,
il y a un premier frisson sexuel, un dimensionnement
momentané inévitable. Mais la vraie leçon dans la
nudité est que, une fois dénudé de ses vêtements
couteux, on ne peut plus entretenir la fiction de votre
image, de soi-même et du public. On est mis à nu.
« On dépasse rapidement les superficialités, car on y
est, ouvert les uns devant les autres, ayant des conversations honnêtes, », dit-il. « Il y a toutes formes et
toutes tailles dans le naturisme, et absolument aucun
jugement. Il n’y a simplement pas assez de dieux grecs.
Il y va plutôt de votre personnalité.
Bien sûr, ceci a déjà été dit, dans de tract révolutionnaire « Personnes nues – un Cri triomphale de l’Avenir »
de Heinrich Pudor en 1894, à travers le « Sunbathing
Review » merveilleux en 1933, avec son article « Le
Désagréments des Vêtements ». Les hippies savaient
aussi comment enlever leurs vêtements. Et pourtant
nous y sommes toujours, couverts jusqu‘au cou.
« Pour quelques-uns, la nudité restera un tabou. Mais
je pense que nous voyons vraiment le début d’un
mouvement vers la relance du naturisme, surtout
par son introduction aux personnes plus jeunes, » dit
Claude-Penegry. « Il y a une philosophie de vie en jeu
ici, ou un état d’esprit écologique, peut-être. Et je pense
que l’aspect collectif du naturisme se sent bien pour
les temps post-COVID. Mais, vous savez, c’est juste
ordinaire d’être nu.
Les vêtements, tous les vêtements ne sont
que des accessoires. »